Histoire des livres de cuisine suédois

Publié le par hibiscus

L’autre soir, j’ai regardé une émission de télévision bien intéressante, qui retraçait l’histoire des livres de recettes suédois, « Cajsa Warg et ses sœurs culinaires ».

Le documentaire était diffusé dans le cadre de l’émission K special et Dagens Nyheter en a fait un résumé
... en suédois bien sûr. Mais voici le mien en français ! ;-)

Cajsa Warg

Tout commence au XVIIIème siècle. Cajsa Warg (1703-1769) gagnait sa vie comme cuisinière dans des familles aisées. En 1755, elle publia son premier livre de recettes « Hjelpreda I Hushållningen För Unga Fruentimber » (en ancien suédois) ou « Manuel de tâches ménagères pour jeunes femmes ». Cet ouvrage connaîtra au total 14 rééditions jusqu’en 1822. Cajsa Warg n’y parlait pas seulement de cuisine, mais on y trouvait quand même plus de 800 recettes. Elle y expliquait par exemple comment faire du bouillon sur plusieurs kilos de viande de bœuf ! Ses recettes étaient surtout celles de la haute société, avec des ingrédients tels que des langoustes ou des champignons – qui, selon le peuple, n’étaient bons que pour le bétail. Cajsa « standardisa » aussi un peu les quantités. Son livre fera office de référence dans le domaine jusqu’à la fin du XIXème siècle.

Une révolution dans les cuisines
En effet, l’introduction du fourneau de cuisine révolutionna la manière de cuisiner et les conseils de Cajsa Warg étaient dès lors dépassés. Anna-Maria Rückenschiöld, une autre auteure de livres de recettes, critiquait Cajsa Warg parce qu’elle utilisait des épices rares, donc chères, comme la noix de muscade, dont elle assaisonnait nombre de ces recettes salées et sucrées.


Gustafva Björklund
(1794-1862) publia son premier livre en 1847 dans lequel elle indiquait entre autres la méthode à suivre pour préparer une soupe à la tortue, en commençant par tuer la pauvre bête. Je vous passe les détails ...


Les bibles de la cuisine suédoise
L’arrivée du fourneau dans les ménages augmenta aussi la demande en livres de cuisine de base, et c’est à ce moment-là que la vente de ces livres gagne de la vitesse. (Aujourd’hui, il est mis un livre de cuisine par jour sur le marché suédois.)

Ida Norrby, plus tard docteur honoris causa de médecine pour avoir travailler à améliorer la santé publique par l’hygiène et la diététique, est à l’origine de « Hemmets kokbok » (« Le livre de cuisine de la maison »), publié par la faculté des Sciences du ménage (si si, cela existe !) de l’université d’Uppsala depuis 1903.

 

Anna-Britt Agnsäter (1915-2006), chef de 1946 à 1980 de KF:s Provkök (la cuisine d’essai de Coop) , publie « Vår kokbok » (« Notre livre de cuisine ») pour la première fois en 1951.

Avec Ida et Anna-Britt, les quantités et les degrés de cuisson gagnent en exactitude. C’est aussi à cette époque-là qu’on commence à parler de « tallriksmodellen » (« le modèle de l’assiette »), qui conseille de remplir son assiette d’un tiers de viande, un tiers de féculents et un tiers de légume, et de « matpyramiden » (pyramide de la nourriture) qui incite à limiter la consommation en graisses.

 


Le temps de la télévision et des journaux
Ellen Rydelius
(1885-1957) commença à travailler comme reporter pour le quotidien Svenska Dagbladet à partir de 1908. À travers ces nombreux voyages et les récits qui en découlaient, elle introduisit la pizza et les pâtes en Suède. Sa fille Ria Wägner (1914-1999) animait l’émission télévisée « Hemma » (« À la maison ») à partir de 1956, où l’on démontrait entre autres des recettes de cuisine.

Märit Hult (1912-2006) écrivait aussi, à partir de 1955, pour Svenska Dagbladet sous le pseudonyme de Hiram. Elle illustrait ses articles et ses livres de ses propres dessins. Elle fut la première femme à être élue membre de l’Académie Gastronomique de la Suède.

Pernilla Tunberger
(1912-1986), elle-même fille de journaliste culinaire, en partie éduquée en France, publia de 1937 à 1974 dans le quotidien concurrent, Dagens Nyheter, nombre de recettes et d’articles ayant trait à la nourriture. Elle mena par exemple une campagne pour que les aliments portent les dates d’emballage et de péremption. Sa fille Anna Bergenström (née en 1940) reprit le flambeau avant de se consacrer, avec l’aide de sa propre fille Fanny, photographe, à écrire ses propres livres de recettes, largement inspirés par la cuisine méditerranéenne. « Kärlek, oliver och timjan » (« Amour, olives et thym ») et « Under valnöstträdet » (« Sous le noyer ») comptent parmi mes favoris.

 


La littérature culinaire contemporaine
Parmi les auteures culinaires du XXIème siècle, on peut noter Monika Ahlberg (née en 1961), ex-danseuse classique et actrice, qui a créé le restaurant-café écologique du jardin (tout aussi écologique) de Rosendal, à Stockholm, ou les sœurs Eisenman, Lisa et Monica, qui tiennent The Cookbook café, aussi à Stockholm. L’idée est originale non : vendre des livres qui donne faim aux clients et les rassasier en même temps ! ;-)

 


Commentaire de : nadou
Le vendredi 12 octobre 2007 à 17:47
Salut! A la maison, on a le livre de Renata Centenari Åhlander et de Carla Åhlander, appelé : "Couscous mon amour", sur la cuisine tunisienne, en Tunisie... C'est un petit trésor! "The Coffeebook café" a l'air d'être un endroit sympathique.... Ici, c'est la folie des livres de cuisine et des émissions culinaires. Est-ce une mode?
A bientôt,
Nadine

Commentaire de : hibiscus
Le vendredi 12 octobre 2007 à 18:33
@ Nadine : Je crois en effet que c'est une mode, mais je trouve ça un peu paradoxal, quand on pense en même temps que notre époque est celle de la mal-bouffe et de l'obésité. Ou alors c'est un signe qu'on commence à réagir ?

Commentaire de : nadou
Le samedi 13 octobre 2007 à 12:41
@Hibiscus : Difficile de répondre à cette question : d'un côté, on vend des livres de cuisine incitant à manger de facon équilibrée, on incite aussi les personnes à pratiquer un sport, pour vieillir en bonne santé, et d'autre part, quand on ne correspond pas aux critères esthétiques de notre époque, celà crée des dégâts. C'est un paradoxe ou un discours moralisateur?
Amicalement,
Nadine

Commentaire de : Deline
Le samedi 13 octobre 2007 à 17:06
Au moins en Suède, vous échappez à la tête de Cyril Lignac sur tous les bouquins de recettes en tête de gondolle...

Commentaire de: hibiscus
Le samedi 13 octobre 2007 à 18:37
@ Deline : Il a le monopole des recettes de cuisine ?

Commentaire de : Deline
Le samedi 13 octobre 2007 à 22:08
Un peu...c'est une star de télé...même que des fois, il a sa tête en gros sur le bouquin alors qu'il a uniquement fait la préface. Le gros marketing qui m'énerve bien alors que y'a plein de bouquins si bien qu'il faut chercher au fin fond des rayons...

 

 

 

 

 

 

Publié dans Manger suédois

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