Au sein de la rédac’ du mois, nous avons déjà traité du voyage : le voyage de nos rêves. En tant qu’expatriés (même si ce terme ne me plait pas trop pour mon cas personnel), c’est un sujet tout à fait légitime.
La question du voyage dans le temps est plus compliquée. Voyager dans le temps, ce serait pour moi me téléporter dans une période antérieure et y vivre comme les gens de l’époque. Or, même si je pourrais – peut-être – m’habituer à l’absence de technologie moderne, je crois que j’aurais plus de mal à m’habituer à la société. Quand je pense « voyage dans le temps », je pense « mode féminine » (oui, je sais, ça vole bas ...). De ce point de vue, le moyen-âge ou la période romantique me plairaient. Mais vivre comme les femmes des ces époques-là ? Non, définitivement non.
Je choisis donc de vous faire part de mes voyages dans le temps d’une autre manière : les livres. Au cours de mes neuf années (bientôt !) en Suède, j’ai lu quelques séries de romans qu’on pourrait qualifier d’historiques. Leur niveau de crédibilité est variable, ce sont somme toute des romans, mais leur lecture fut un vrai plaisir pour moi et une occasion de découvrir la Suède d’autrefois.
Le Nouveau Monde
La première série de romans est celle de Wilhelm Moberg, « La saga des émigrants », qui raconte l’épopée d’une famille de paysans suédois qui, au milieu du XIXème siècle, émigre vers les États-Unis. Ils fuient les mauvaises récoltes et la famine, certains de leurs compagnons de voyage l’oppression de l’église suédoise. Ces romans ne m’ont pas seulement donné une idée de la vie à cette époque, mais aussi de ce que l’émigration peut représenter pour une famille, de la manière dont différentes personnes s’intègrent dans une nouvelle société en fonction de leur motivation, volonté et capacité. Je pouvais faire des parallèles entre leur expérience et la mienne, puisque j’étais aussi en plein dans ce processus, même si les conditions de vie étaient totalement différentes.
Stockholm, il y a 100 ans
La deuxième série de romans est celle de Per Anders Fogesltröm qui commence avec « Mina drömars stad » (= La ville de mes rêves) et qui relate l’histoire d’un jeune Suédois qui vers 1860 quitte sa campagne natale pour Stockholm, où il trouve du travail, se marie, a des enfants, qui a leur tour se marient etc … Le récit s’étale sur cent ans et décrit essentiellement les conditions de vie et de travail – très précaires – de la classe ouvrière. Au fil des cinq romans, on voit l’évolution de l’urbanisme avec Stockholm qui s’agrandit, de la modernité avec l’apparition de l’électricité et de l’eau courante, de la démocratie avec le développement des partis politiques, des syndicats, et tous les conflits que tant de nouveautés provoque. Une leçon d’histoire sociologique en quelque sorte.
La naissance de la Suède
La troisième série de romans se déroule encore plus loin dans le temps. Il s’agit de « La trilogie de Arn le Templier » écrite par Jan Guillou. À l’époque où la Suède ne s’appelait pas encore la Suède, Arn reçoit de moines cisterciens une éducation latine, purge une peine de vingt ans en temps que templier et participe aux Croisades en Terre Sainte, rencontre Saladin, puis revient en « Suède », se marie enfin avec sa bien-aimée (qui a purgé une peine aussi longue dans un monastère) et, fort de ses expériences en outremer, travaille au développement d’une force militaire qui donnera un jour son indépendance à un futur royaume suédois.
Du point de vue historique, Jan Guillou est peut-être le moins crédible des trois auteurs, mais, d’un autre côté, les sources historiques moyen-âgeuses sont bien moins nombreuses que celles auxquelles Moberg et Fogelström avaient accès. Guillou a donc pas mal fabulé : il est peu probable qu’un homme du Nord, d’une telle tolérance et d’une telle érudition, soit allé en Terre Sainte à cette époque, encore moins probable qu’il ait une relation aussi égalitaire avec sa femme (comparable aux relations suédoises de nos jours). Les historiens sont divisés quant à la naissance du royaume de Suède et là aussi, Guillou a émis une hypothèse qui reste une hypothèse, fortement remise en cause. Mais sa description de la société à l’époque, des rapports de force entre les différentes grandes familles ”suédoises” au sein desquelles on élisait les rois, de la situation des pays nordiques par rapport au reste de l’Europe, etc … tout cela rend ses romans assez intéressants. Il faut les prendre pour ce qu’ils sont : des romans historiques.
Et puis je dois avouer que je ne voyage pas aussi facilement dans le temps avec des livres de cours d’histoire. :-)
Allez voir où mes compagnons de voyage vous emmènent ce mois-ci : Laurent, Olivier, Bergere, Bertrand, JvH, Bluelulie, Anne, Chantal, Looange, V à l'ouest, Jo Ann v, William, Catie, Nanou, Cecfrombelgium, Gally, La Nymphette, Julie70, Gazou, BlogBalso, Vladyk, Lucile, Guy Cardinal, Joël, Linda, Denis, Julie, Isabelle, Le chat qui, Lodi, Ckankonvaou, Mahie.
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